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CHÔMAGE : LES DIPLÔMÉS SANS EMPLOI TÉMOIGNENT

Au Sénégal, diplôme est loin d’être synonyme de travail. Chômeurs oui, mais diplômés! Un grand nombre de jeunes diplômés toque désespérément aux portes des entreprises pour trouver un job. 200.000 arrivent chaque année sur le marché de l’emploi. Rewmi Quotidien est allé à la rencontre des diplômés sans emploi. Par ricochet, nombre d’entre eux déclare être au chômage depuis 1 à 2 ans. Cette situation entraine une lourde pression sociale qui les pousse à regretter d’avoir fait de longues études.

Aller à l’université, étudier jusqu’à décrocher sa maîtrise pour au final se retrouver sans travail, voilà le quotidien de beaucoup d’étudiants sénégalais. Une situation fortement ressentie par les détenteurs de maîtrise à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et dans certains établissements privés de formation supérieure. Ces derniers qui vivent dans une incertitude totale quant à leur avenir pointent du doigt les autorités et parlent de pression sociale ainsi que de népotisme.

C’est le cas de Youssouf  Diouf. Trouvé à la devanture de son domicile, aux HLM, visage crispé, mains jointes à son manteau, regard  désespérant, cet étudiant diplômé de l’université cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) se désole avec amertume de la situation dans laquelle il vit actuellement.

«J’ai eu mon diplôme de Master, l’année académique 2018-2019, en Sciences économiques et pourtant je n’ai pas trouvé de travail jusqu’à présent. Le fait d’être en chômage n’est pas de ma faute mais plutôt celle de l’Etat.  Il devait nous accompagner au cours de notre cursus à faire des stages pour acquérir de l’expérience. Mais, rien n’a été fait à notre sujet. Et les postes vacants exigent certaines compétences. Je suis en train de chômer depuis déjà 2 ans», tonne notre interlocuteur. Ce sentiment qui anime cet étudiant est largement partagé par un autre diplômé dans ce même temple du savoir.

Romuald, puisque c’est de lui qu’il s’agit, embouche la même trompette. « J’ai suivi des études de Géographie et j’ai obtenu mon Master l’année universitaire 2018/2019 avec comme spécialité l’Aménagement. Ce diplôme n’est que théorique et ne nous donne aucune possibilité d’obtenir le travail  qui correspond à nos attentes. D’ailleurs, même les quelques structures qui peuvent nous offrir un emploi ne recrutent presque pas », martèle-t-il. Il indique que  l’Agence Nationale de l’Aménagement de Territoire (ANAT) qui traite la question de l’urbanisme, n’enrôle que très rarement. « Raison pour laquelle la plus part des étudiants en géographie qui sortent avec le Master sont en train de chômer. Je suis en train de me débrouiller pour trouver du travail, mais bon,  il n’y a rien pour le moment. Mais je reste optimiste, Je crois que c’est juste un défi que la vie nous lance », fait-il savoir.

Une pression sociale difficile à gérer

A en croire ces diplômés sans emploi, cette phase de leur vie est très pénible. Certains de ces jeunes « diplômés et chômeurs » vivent très mal la pression sociale venant de partout. « Mon chômage, c’est difficile avec les pressions qui viennent de mon entourage.  Mais j’essaie de tenir le coup. Bien vrai que c’est compliqué. Parfois je n’ai pas envie de me réveiller et faire face à la famille qui parfois ne comprend pas la situation et nous regarde comme une feignasse, » déclare un  étudiant âgée de 28 ans, diplômé en comptabilité d’un Institut privé dont il préfère garder l’anonymat. Toujours, d’après lui, sa famille est compréhensive mais ce sont ceux de son entourage qui lui mettent la pression. « Comme dans ma famille, tout le monde a fait les bancs, ils me comprennent et me soutiennent. Donc s’il y a une pression, elle vient des autres personnes qui veulent que les choses soient autrement », a laissé entendre le jeune géographe avant de révéler « n’avoir jamais redoublé de classe. » Une situation qui serait similaire à celle de Pape Sidy Ndiaye, diplômé du département anglais depuis déjà une année, spécialisé en littérature américaine. « Il arrive un moment donné, on n’a plus envie de vivre chez nos parents. Le fait de se réveiller tous les jours et constater que rien ne marche et que les parents sont fatigués sans pouvoir rien faire me pousse parfois à sortir  flâner dans les rues parce qu’il y’a en fait trop de pressions qui m’accablent silencieusement », confie le diplômé en anglais. Néanmoins, certains d’entre eux disent ne subir aucune pression. C’est l’exemple de Youssouf Diouf, le jeune diplômé en économie. « Mon entourage ne me met aucune pression sociale car il sait que j’ai toujours été un élève brillant, et  ils ont compris que mon chômage n’est en grande partie pas de mon ressort », estime le jeune homme avant de poursuivre avec emphase : « Mais malgré tout, je garde toujours espoir en allant taper toujours dans les portes des entreprises, espérant qu’un jour ça change », souligne-t-il.

« J’ai eu des regrets…»

Pourquoi faire de longues études ? Une question qui tarabuste l’esprit de beaucoup d’étudiants. C’est le cas de Pape Ndiaye, qui dit avoir eu des regrets d’avoir passé de longues années sur les bancs pour se retrouver au chômage. « J’ai mon diplôme en poche mais je n’arrive pas à obtenir un travail décent et pour cela, je regrette vraiment d’avoir fait de longues études », assène-t-il. Cependant même si certains considèrent cela nul, d’autres s’en réjouissent et n’émettent aucune once de regret.  C’est toujours le cas de Romuald. D’après lui, faire des études poussées est un choix de vie, un défi. « Il y a ceux qui,  après leur Master se sont lancés dans l’enseignement. D’autres avec des diplômes inférieurs ont arrêté pour travailler », indique-t-il. Avant de poursuivre  avec franchise : « Non, je ne regrette pas d’avoir fait de  longues études. Et même si j’ai l’occasion, je vais poursuivre mes études jusqu’au Doctorat. C’est une question d’accomplissement de soi car l’éducation est la chose la plus importante pour construire une vie. »

Ces diplômés très en colère contre le népotisme

Nombre de ces diplômés soutient être frustré de voir des gens moins diplômés qu’eux,  travailler sur la base du sinécurisme. L. G, diplômé en Master en physique et chimie à l’UCAD et en même temps titulaire d’une Licence professionnelle en géométrie et topographie à l’école polytechnique de Dakar (ESP) depuis 2 ans raconte son long périple entrepris ne serait-ce que pour avoir un stage. « J’ai déposé dans beaucoup d’entreprises mais jusqu’ à présent, je n’ai reçu aucun coup fil. Chaque jour presque, j’effectue d’innombrables allées et venues dans les différentes entreprises en vain. Pendant qu’au même moment où j’ai des camarades qui ont intégré facilement l’entreprise de leur choix parce que simplement ils ont des bras longs. Cela m’écœure vraiment, et me fait penser qu’au Sénégal, on a un système inique qui ne repose pas sur la méritocratie »,  regrette le jeune scientifique. Ce même constat est fait par Pape Ndiaye, diplômé en anglais. Selon lui, il y a du favoritisme partout dans les entreprises. « Tu déposes dans une entreprise, quelqu’un d’autre moins diplômé et moins compétent vient, on le prend parce que simplement il a été recommandé. C’est vraiment mal et ça traumatise mais bon c’est le système et on vit avec, » se résigne-t-il.

De petits métiers pour s’occuper   

En dépit de ces innombrables difficultés pour trouver un travail, ces jeunes diplômés gardent toujours espoir, et certains se lancent dans la débrouillardise, espérant qu’un jour la situation s’améliore. « Je suis en chômage pour le moment mais parfois, j’essaie de vendre et de m’occuper d’un petit poulailler comme mon diplôme en géographie ne m’a pas permis de m’en sortir facilement », lance Romuald. Il n’est pas le seul à s’aventurer dans un petit métier. Youssouf, un étudiant en économie évolue dans ce même ‘’goorgoorlou’’. « J’essaie de temps en temps d’aller faire le docker ou décharger quelques conteneurs dans les zones industrielles de Dakar pour assurer ma survie », confie le diplômé en sciences économiques. Et de poursuivre: « J’opte pour l’auto-emploi. Ainsi je lance un appel au gouvernement à nous donner les moyens de s’autofinancer. D’ailleurs, comme je suis économiste, j’ai déjà élaboré mon projet mais c’est le financement qui fait défaut ».

Dossier réalisé par Ngoya Ndiaye et Cheikh Dione (stagiaire)

Rewmi.com

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Astou Sall
Férue d'actualité internationale, je suis journaliste depuis 2016. J'ai commencé ma carrière à Galsen221.com pour ensuite être orientée vers politique221.com Contact: [email protected]

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