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Coronavirus : « Eviter de brasser de l’air recyclé », va-t-il falloir débrancher la clim’ malgré la canicule qui s’annonce ?

Le Haut Conseil de santé public déconseille l’usage des ventilateurs à cause du Covid-19. — PATRICK HERTZOG / AFP
  • Météo-France annonce les premiers jours de très forte chaleur sur une grande partie de la France cette semaine.
  • Plusieurs études de cas ont montré qu’une ventilation défectueuse pouvait conduire à l’apparition de foyers épidémiques en lieu confiné. Les climatiseurs ou les ventilateurs qui recyclent l’air d’intérieur pour rafraîchir un immeuble, un bureau ou un centre commercial ne sont pas sans danger, malgré le recul de l’épidémie.
  • Le Haut Conseil de la santé publique et les spécialistes conseillent d’éviter l’usage des climatiseurs collectifs autant que possible.

Vendredi dernier, dans un magasin d’une grande enseigne d’électroménager des Hauts-de-Seine. Pour une fois qu’on a anticipé le pic de chaleur à venir – quatre jours à plus de 30 °C dans plusieurs régions françaises, dont l’Ile-de-France –, on est presque déçu par la zone de chalandise ; un tout petit rayonnage de rien du tout consacré aux ventilateurs et autres climatiseurs mobiles, sans aucune clientèle à l’horizon.

« C’est assez calme pour l’instant à ce niveau-là, souffle un responsable. Il n’a pas fait très chaud jusqu’à maintenant, et puis il faut voir ce qui est parti l’an dernier. Tout le département doit être équipé ! ». Tout le département moins une personne. On se souvient encore du petit rire sournois d’un salarié du même établissement quand on s’était ramené à la même période en 2019 : « Ahahah, vous venez pour un ventilateur vous aussi ? On n’a plus rien depuis trois jours Monsieur, il fallait venir avant ».

La jurisprudence du restaurant chinois démantelée

Peut-être que les gens ont déjà fait leur stock, donc. Ou bien qu’ils débarqueront comme des chiens affamés mercredi en se mordant les mollets pour conquérir le dernier climatiseur de la ville. A moins qu’ils ne préfèrent transpirer très fort, parce qu’ils ont lu quelque part que les appareils électriques de rafraîchissement de l’air n’étaient pas l’idée du siècle entre deux vagues de coronavirus. Des inquiétudes nées principalement d’une étude de cas dans un restaurant chinois au plan de table devenu viral sur Internet en avril. Une famille arrivée de Wuhan pour déjeuner, la mamie qui commence à se sentir mal en fin de journée, et neuf personnes qui mangeaient au même moment à des tables attenantes infectées au bout d’une semaine.

Une première analyse évoque alors le rôle central de la climatisation dans la dispersion du virus par gouttelettes ou en aérosol. Avant d’être démentie par une reconstitution méthodique du processus de contamination par une équipe chinoise bien connue de Francis Allard, professeur émérite à l’Université de la Rochelle et membre de l’Association des ingénieurs et techniciens en climatique, ventilation et froid (AICVF), à l’origine d’un avis général sur la question partagé à l’échelle de l’UE.

« La thèse de la climatisation comme source de contamination tenait la route. Le plan des gens contaminés correspondait au sens de circulation de l’air du système de climatisation. Sauf qu’en allant prendre les mesures sur place, l’équipe de Kuibiao Li a constaté que le restaurant n’était pas assez ventilé. On parle d’un taux de renouvellement d’air dix fois inférieur aux recommandations. Cela explique par exemple que les serveurs n’aient pas été contaminés, ni les clients des quatre autres étages du restaurant concerné. A cause du manque d’air neuf provenant de l’extérieur, il y a eu une stagnation des particules virales dans l’air ».

Des particules virales capables de rester 12 heures dans les airs

De ces particules virales, on sait désormais qu’elles peuvent contenir des traces du virus pendant plusieurs heures et transmettre l’infection par aérosol, comme l’a détaillé longuement Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du conseil scientifique, devant la commission de l’Assemblée jeudi dernier : « Il s’agit des particules qui font seulement des microns de diamètre, c’est-à-dire toutes petites, mais qui peuvent rester 12 heures dans l’air et contenir un ou plusieurs virus, parce que vous avez des concentrations extrêmes du virus au fond de la gorge. (…) La suspension de particules virales dans ces aérosols permet au virus de se maintenir dans des lieux fermés, et ce que l’on découvre dans beaucoup des clusters, c’est que ce sont presque toujours des clusters en milieu confiné ».

L’enjeu consisterait donc plutôt à faire circuler l’air au maximum en le renouvelant, comme l’a démontré un autre cas d’étude dans un EHPAD canadien, où la totalité des 226 résidents s’est retrouvée contaminée par le Covid-19 après la panne du système de ventilation centrale. Selon Caroline Duchaine, directrice de la recherche au laboratoire sur les bio aérosols de l’Université Laval dépêchée sur place, la remise en marche de la ventilation a « contribué à évacuer l’air contaminé vers l’extérieur pour le remplacer par de l’air sain ».

Alors banco, on met la climatisation à fond les ballons pour supporter la chaleur qui arrive ? Francis Allard, notre expert rafraîchissement, tempère notre enthousiasme : « S’il faut différencier ventilation et climatisation, il existe tout de même un véritable conflit avec cette dernière. Tout dépend du type d’installation, mais ce qu’il faut à tout prix c’est éviter le brassage d’air recyclé. Or pour des motifs d’économie d’énergie, la plupart des lieux de vie collectifs comme les bureaux ou les supermarchés font recirculer des flux d’air intérieur parce que ça coûte moins cher ». Le risque est facilement détectable : réinjecter dans le bâtiment un air recyclé peut-être contaminé si un ou plusieurs malades sont présents dans les locaux, puisque tous les secteurs d’activité ne peuvent se prévaloir d’une qualité de filtration équivalente à celle de l’aviation, qui prétend éliminer 99,9 % des bactéries toutes les 3 minutes.

« Mieux vaut ouvrir les fenêtres »

Le ministère de la Santé recommande ainsi de « vérifier l’absence de mélange et l’étanchéité entre l’air repris des locaux et de l’air neuf dans les centrales de traitement d’air afin de prévenir l’éventuelle recirculation de particules virales dans l’ensemble des locaux par l’air soufflé. Si ce n’est pas le cas, il convient de déconnecter ces échanges thermiques pour n’avoir qu’un système dit tout air neuf ».

Des consignes tout à fait logiques selon Francis Allard : « Soit on peut faire fonctionner la climatisation avec des débits d’air neuf, soit on ne l’allume pas. Il vaut mieux ouvrir les fenêtres ». OK Professeur, mais comment on fera mercredi quand il fera environ 65 °C à notre poste de travail et que la moitié de la boîte boira sa transpiration pour ne pas finir déshydratée à l’hosto ? Notez d’ailleurs, cher lecteur, que 20 Minutes a prévu le coup : Le système de climatisation est à l’arrêt « pour limiter les risques de contamination, mais il sera réactivé si les températures ne permettent pas de travailler dans de bonnes conditions, sachant que la médecine du travail n’a émis aucune alerte sur ce point ».

« Il est évident qu’on ne doit pas avoir le choix entre mourir du Covid ou mourir de chaud, plaisante Francis Allard. Dans les espaces à risques, qui travaillent essentiellement avec de l’air recyclé, il faut absolument pratiquer le free cooling [rafraîchir les locaux la nuit par une aération naturelle] et surtout porter le masque. Même en partant sur une base d’un masque en tissu moins filtrant qu’un FFP2, cela divise par quatre le risque de contamination ».

L’usage du ventilateur carrément proscrit

Une remarque valable pour les centres commerciaux ou les maisons de retraite, où se masse une catégorie de personnes « plus vulnérable à la fois au Covid-19 et à la chaleur », avertis l’OMS, qui craint un risque de saturation des services hospitaliers en cas de canicule prolongée. Les recommandations de l’AICVF rejoignent celles d’Arnaud Fontanet devant l’Assemblée Nationale : « Par rapport à la transmission par aérosol, on est un peu désarmé. Je ne veux pas créer d’inquiétudes généralisées parce que je pense que ce mode de transmission reste relativement restreint, mais il faudra penser dorénavant à aérer, (…) revoir les systèmes de ventilation, et évidemment le port du masque ».

Quant aux petit(e) s malin(e) s qui ont lu l’article avec l’arrogance d’un Napoléon parcourant ses troupes avant la bataille d’Austerlitz parce qu’ils ont mis la main sur le petit ventilateur connecté/silencieux/design l’an passé, on vous arrête tout de suite : c’est encore pire que la clim’. Le Haut Conseil de la santé publique se montre même définitif à son égard dans son avis du 21 mai dernier : « Dans les espaces collectifs de petit volume, clos ou incomplètement ouverts, l’utilisation de ventilateur à visée de brassage/rafraîchissement de l’air en cas d’absence de climatisation est contre-indiquée dès lors que plusieurs personnes sont présentes dans cet espace, même porteuses de masques. Ces recommandations s’appliquent en cas de survenue d’une vague de chaleur ». Préparons-nous à souffrir.

 

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20Minutes

L’article Coronavirus : « Eviter de brasser de l’air recyclé », va-t-il falloir débrancher la clim’ malgré la canicule qui s’annonce ? est apparu en premier sur Snap221.info.

Astou Sall
Férue d'actualité internationale, je suis journaliste depuis 2016. J'ai commencé ma carrière à Galsen221.com pour ensuite être orientée vers politique221.com Contact: [email protected]

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