Covid et Magal : Les gestes barrières, une exigence chez Serigne Abdou Karim Mbacké

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Serigne Abdou Karim Mbacké «Makarimal Akhlakh» (nobles caractères) est devenu sans conteste l’un des nouveaux inspirateurs de la jeunesse mouride. Soufi, franc et charismatique, il est le levier sur lequel comptent s’appuyer les autorités de Touba pour «redresser» une jeunesse en perte de repère.

Charisme, popularité, humilité et savoir. Il a tout pris de son père. Fils du deuxième khalife de Cheikh Ahmadou Bamba, Serigne Fallou Mbacké, Serigne Abdou Karim Mbacké est devenu le modèle de la jeunesse mouride. Né en 1952, le petit-fils de Serigne Touba attire manifestement plus de jeunes que n’importe qui d’autre dans la confrérie. Certainement parce que «Makarimal Akhlakh» n’est pas comme les autres. En effet, sa naissance a coïncidé avec le rappel à Dieu de son grand-frère Serigne Abdou Karim. C’est ainsi que Serigne Fallou lui donna le nom de ce dernier avant de déclarer : «je ne peux pas manquer d’avoir un fils de la dimension de Abdou Karim dans ma demeure». Très enthousiasmé par la naissance de son fils, Serigne Fallou Mbacké lui prédit un destin de successeur accompli. C’est la raison pour laquelle il le confia, dès sa tendre enfance (3ans), à Mame Khassim Mbacké à Guinguinéo avec cette phrase prémonitoire : «je veux qu’il maîtrise parfaitement le Coran et qu’il soit un calligraphe hors pair à l’image de mon khalife Serigne Modou Moustapha».

Connu pour son «kasfu» (connaissance du caché ), Serigne Fallou Mbacké savait certainement que son fils serait le «purificateur» d’une jeunesse en déperdition. C’est pourquoi, très regardant sur son éducation, Serigne Khassim Mbacké l’amena chez Serigne El Hadj Niane pour son initiation coranique à Darou Nahim (village fondé par Serigne Modou Moustapha Mbacké, 1erkhalife général des mourides). Par la suite de 1961 à 1962, il ira au daara tenu par Serigne Mbaye Bousso à Touba Param (dans le département de Gossas, Fatick) pour continuer sa formation. Mame Khass va l’orienter après à Darou Salam Bambouck (département de Khoungeul, région de Tambacounda) chez Serigne Adama Sy où il fit sa mémorisation et écrivit deux exemplaires du Saint Coran.

Particulièrement adulé par les célébrités du pays (musiciens et sportifs) qui ont grandement participé à la vulgarisation de ses œuvres, le pensionnaire de Ndindy, village fondé par son père en 1913, entreprit personnellement à partir de 1970 de compléter sa formation spirituelle à Saint Louis. Ainsi, il s’installa au quartier Lodo quatre années pendant lesquelles il faisait des recherches scientifiques sur le hasbia chez Serigne Ahmet Diakhaté le matin, et le soir chez Serigne Dame Sylla un érudit du fikh (jurisprudence arabe). En 1974, il revient définitivement à Touba après de longues études qui ont participé à raffermir sa connaissance islamique et à faire de lui une voix autorisée dans la voie mouride.

PURIFICATEUR DES «DAMNES»

«Les gens disaient que Serigne Abdou Karim n’a pris que des voyous sous son aile, mais je pense que la meilleure façon d’aider celui qui a perdu son chemin, ce n’est pas de l’attendre dans la voie, mais c’est de l’y retrouver pour lui montrer le chemin», soutenait-il dans le passé pour répondre à ses détracteurs. En effet, il a aidé beaucoup de repris de justice à sortir de la délinquance et à devenir, comme il le souligne, «des hommes vertueux». Elégant et effacé, le marabout est adulé par les disciples mourides et même par ceux qui ne sont pas de cette obédience. Lors de l’inauguration de la mosquée Massalikul Jinann de Dakar, il avait presque ravi la vedette à tout le monde. Les fidèles se bousculaient pour le voir, à telle enseigne que les Baye Fall étaient obligés de soulever sa voiture pour le faire sortir. lE «NDIguEl»